Comptabilité d'un influenceur ou d'un créateur de contenu
Partenariats, cadeaux reçus, revenus des plateformes, TVA des marques étrangères, loi de 2023, cotisations : la comptabilité d'un créateur de contenu.
Un influenceur déclare tout ce que lui rapporte son activité, dès le premier euro : les partenariats payés, les revenus versés par les plateformes, mais aussi les produits, voyages et invitations offerts par les marques. C'est ce que rappelle le guide du ministère de l'Économie. La comptabilité d'un influenceur ou d'un créateur de contenu tient donc en trois questions : quels revenus, quel statut, quelle TVA. Depuis la loi du 9 juin 2023, s'y ajoutent des règles sur vos contrats et vos publications.
Influenceur au sens de la loi
La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 vise les personnes physiques ou morales qui, à titre onéreux, mobilisent leur notoriété auprès de leur audience pour promouvoir en ligne des biens, des services ou une cause. La contrepartie peut être de l'argent ou un avantage en nature : un produit offert en échange d'une publication suffit.
Les règles de cette loi portent sur la promotion. Vos revenus, eux, sont imposables que vous fassiez de la promotion ou non.
Les revenus à suivre
- Les partenariats : publications, vidéos, stories, contrats d'ambassadeur.
- Les revenus des plateformes : partage des recettes publicitaires, programmes de rémunération des créateurs, abonnements et dons de votre communauté.
- L'affiliation : commissions sur les ventes réalisées grâce à vos liens.
- Les avantages en nature : produits, voyages, séjours, invitations reçus des marques.
- La vente de produits, sous votre marque ou en livraison directe (dropshipping). Le guide du ministère rappelle que vous restez alors le vendeur, responsable envers l'acheteur, et que vous devez être inscrit au registre du commerce et des sociétés.
Les sommes et les cadeaux attribués par les annonceurs se déclarent dès le premier euro, quel que soit votre statut. Tenez un tableau : date, marque, nature, montant ou valeur, contrepartie demandée, référence de la facture ou du message. Gardez de quoi justifier la valeur de chaque cadeau. Si vous êtes redevable de la TVA, un produit reçu en échange d'une publication est un paiement en nature : la TVA est due sur sa valeur, comme sur un virement. Ce tableau sert à vos déclarations, et aussi à savoir quand un contrat écrit devient obligatoire.
Quel statut choisir
Le début d'activité se déclare sur le guichet unique (formalites.entreprises.gouv.fr), au plus tôt un mois avant de commencer et au plus tard dans les quinze jours qui suivent. Salarié ou agent public, vérifiez d'abord les règles de cumul de votre employeur. Si vous avez déjà une entreprise individuelle, l'activité d'influence s'y rattache.
La micro-entreprise
C'est le cadre le plus simple pour démarrer. En 2026, il reste ouvert jusqu'à 83 600 € de prestations de services ou de recettes libérales, et 203 100 € pour la vente de marchandises. Les cotisations et contributions sociales se calculent sur le chiffre d'affaires : 25,6 % pour une activité libérale non réglementée (bénéfices non commerciaux), 21,2 % pour des prestations de services commerciales (bénéfices industriels et commerciaux), 12,3 % pour la vente de marchandises. La contribution à la formation professionnelle s'y ajoute, par exemple 0,2 % du chiffre d'affaires en libéral. Le classement suit ce que vous faites réellement. Aucun texte fiscal ne range les influenceurs dans une catégorie unique : une activité commerciale relève des BIC, une activité non commerciale des BNC, et une même personne peut avoir des recettes des deux. Vous le déclarez à l'immatriculation, mais l'administration peut le requalifier. Pour le sécuriser, vous pouvez demander un rescrit : sans réponse dans les trois mois, la catégorie retenue est réputée acceptée. Nous le posons avec vous avant.
La société
Une SASU ou une EURL se justifie quand les revenus se stabilisent, quand vous engagez de vraies dépenses (matériel, studio, monteur, agent) ou quand vous voulez laisser une partie des bénéfices dans l'entreprise. Le micro ne déduit aucune charge réelle : l'impôt est calculé après un abattement forfaitaire (34 % en BNC, 50 % pour des prestations BIC). Au réel, en entreprise individuelle comme en société, vos charges se déduisent. Notre article SASU ou EURL détaille la différence, et l'étude de rémunération du dirigeant chiffre le partage entre salaire et dividendes.
La TVA, y compris avec les marques étrangères
En franchise en base, vous ne facturez pas de TVA tant que vos prestations restent, en 2026, sous 37 500 € l'année précédente et sous 41 250 € l'année en cours. Vos factures portent la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ».
Avec une marque établie à l'étranger, la règle change. Quand votre client est un professionnel établi hors de France, le lieu de la prestation n'est pas en France : vous ne facturez pas de TVA française. Vérifiez d'abord qu'il agit en professionnel : un numéro de TVA intracommunautaire dont vous avez contrôlé la validité dans l'Union, tout élément probant hors de l'Union.
- Client dans l'Union européenne : dans le cas général, c'est lui qui déclare la TVA dans son pays (autoliquidation). Votre facture porte votre numéro de TVA intracommunautaire, le sien, et la mention « Autoliquidation ». Vous déposez aussi une déclaration européenne de services auprès des douanes, dès le premier euro, au plus tard le dixième jour ouvrable du mois qui suit la prestation (ou l'encaissement d'un acompte). Même en franchise, il vous faut un numéro de TVA intracommunautaire, à demander à votre service des impôts des entreprises.
- Client hors de l'Union : pas de TVA française non plus. Le pays du client peut avoir ses propres règles : vérifiez-les avant la première facture.
Les plateformes qui vous rémunèrent sont, elles aussi, des clients professionnels. Leurs conditions indiquent quelle société vous paie et où elle est établie : c'est cette information qui fixe le traitement de la TVA.
La loi du 9 juin 2023 : vos obligations
Signaler la publicité
Depuis le 8 novembre 2024, l'intention commerciale d'un contenu se signale par une mention claire, lisible et compréhensible, sur tout support : « publicité », « collaboration commerciale », ou une mention équivalente adaptée au format. Si cette intention ne ressort pas déjà du contexte, l'absence de mention est une pratique commerciale trompeuse. Le guide du ministère demande une mention visible sans clic, pendant toute la promotion, qui nomme la marque : taguer la marque ne suffit pas.
Une image retouchée pour modifier une silhouette ou un visage porte la mention « Images retouchées ». Une image générée par un logiciel, et non photographiée, porte la mention « Images virtuelles ». Le manquement est puni d'un an d'emprisonnement et de 4 500 € d'amende. Certains produits ne peuvent pas être promus, comme le tabac et la cigarette électronique ; d'autres seulement sous conditions, comme l'alcool, les jeux d'argent ou certains produits financiers.
Un contrat écrit à partir de 1 000 € HT
Depuis le 1er janvier 2026, le contrat avec un annonceur doit être écrit dès que l'argent versé et la valeur des avantages en nature accordés par cet annonceur au cours d'une même année, pour une ou plusieurs prestations poursuivant un même objectif promotionnel, atteignent 1 000 € HT. Il indique notamment l'identité des parties et leur pays de résidence fiscale, la nature des missions, la rémunération et la valeur des avantages en nature, les droits de chacun, dont la propriété intellectuelle, et l'application du droit français quand le public visé est en France. Sans écrit, le contrat peut être annulé. L'annonceur, son éventuel mandataire et vous êtes solidairement responsables des dommages causés aux tiers. Si vous passez par un agent, un contrat avec lui est aussi obligatoire.
Le contrat relève d'un juriste ou d'un avocat. Notre rôle est d'en tirer les conséquences : la facture, la TVA, les revenus à déclarer.
Exemple fictif
Une créatrice de contenu en micro-entreprise encaisse en 2026 :
- 12 000 € de revenus de plateformes ;
- 9 000 € d'une marque française ;
- 8 200 € d'une marque établie en Allemagne ;
- 800 € d'une troisième marque, qui lui offre aussi 400 € de produits ;
- 2 600 € d'autres produits reçus en échange de publications.
Ses recettes atteignent 33 000 €, en comptant les 3 000 € de produits reçus : elle reste dans les plafonds du micro. Sans Acre, ses cotisations et contributions sociales s'élèvent à 8 448 € si son activité relève du libéral non réglementé (25,6 %), et à 6 996 € si elle relève des prestations commerciales (21,2 %), avant une contribution à la formation professionnelle de quelques dizaines d'euros. L'écart, 1 452 € par an, montre l'enjeu du classement, qui suit la nature réelle de l'activité et ne se choisit pas au plus bas. Pour l'impôt sur le revenu, l'écart joue en sens inverse : 21 780 € imposables en BNC (abattement de 34 %), contre 16 500 € en BIC de services (50 %).
Si chaque marque a payé pour un même objectif promotionnel, trois contrats écrits sont nécessaires : la marque française, la marque allemande, et la troisième, puisque 800 € et 400 € de produits font 1 200 €, au-delà du seuil de 1 000 € HT. La facture à la marque allemande part sans TVA française, avec les deux numéros de TVA et la mention « Autoliquidation », et la prestation figure sur la déclaration européenne de services.
Les erreurs fréquentes
- Déclarer les virements et oublier les produits reçus.
- Facturer de la TVA française à une marque établie à l'étranger.
- Oublier la déclaration européenne de services.
- Mélanger comptes personnels et professionnels.
- Multiplier les petites opérations avec une même marque, pour un même objectif promotionnel, sans contrat écrit, alors que leur total atteint 1 000 € HT.
- Choisir sa catégorie d'activité au hasard lors de l'immatriculation.
Questions fréquentes
Dois-je déclarer un produit reçu sans l'avoir demandé ?
Le guide du ministère demande de déclarer dès le premier euro les sommes et les cadeaux que les annonceurs vous attribuent, quel que soit votre statut. Fiscalement, un cadeau est imposable dès qu'il rémunère votre activité ; un produit envoyé pour être montré à votre audience entre en principe dans ce cas. Notez chaque envoi dans votre tableau, même non sollicité, avec ce que la marque attendait de vous. Si vous le présentez ensuite dans une publication, la mention de l'intention commerciale s'applique.
Une marque étrangère me paie : dois-je facturer la TVA ?
Si la marque est un professionnel établi hors de France, non : le lieu de la prestation n'est pas en France. Pour un client de l'Union, la facture porte les deux numéros de TVA intracommunautaire et la mention « Autoliquidation », et vous déposez une déclaration européenne de services. Ce numéro intracommunautaire vous est nécessaire même en franchise.
Le contrat écrit est-il obligatoire pour un petit partenariat ?
Il l'est dès que l'argent et les avantages en nature venant d'une même marque atteignent 1 000 € HT au cours d'une même année. Plusieurs petites opérations avec la même marque s'additionnent lorsqu'elles poursuivent un même objectif promotionnel. En dessous, un écrit reste prudent : il fixe ce que vous devez publier et ce que la marque peut faire de vos contenus.
Nous confier votre comptabilité
Nous vous aidons à choisir votre statut et à créer votre entreprise, puis nous tenons votre comptabilité et établissons vos comptes et déclarations. Notre page consultants et professions intellectuelles présente notre accompagnement des métiers du savoir-faire, créateurs de contenus compris. Pour une proposition, passez par le devis en ligne ou la page contact.
Sources officielles consultées
Lues le 05/11/2026.
- Légifrance : loi n° 2023-451 du 9 juin 2023, version en vigueur, articles 1, 5, 5-2 et 8
- Légifrance : décret n° 2025-1137 du 28 novembre 2025, JORF n° 0280 du 29 novembre 2025
- Service-public : contrats entre marques et influenceurs dès 2026, actualité du 03/12/2025
- Légifrance : article D613-4 du code de la sécurité sociale
- Légifrance : article L6331-48 du code du travail
- Ministère de l'Économie : guide de bonne conduite des influenceurs et créateurs de contenus, mars 2023
- BOFiP : lieu des prestations de services rendues à un assujetti, BOI-TVA-CHAMP-20-50-20
- Légifrance : CGI, annexe II, article 242 nonies A (mentions des factures)
- BOFiP : déclaration européenne de services, BOI-TVA-DECLA-20-20-40
- Service-public : franchise en base de TVA, page vérifiée le 01/01/2026
- Service-public : plafonds de chiffre d'affaires du micro-entrepreneur, page vérifiée le 21/02/2026
- Service-public : cotisations sociales du micro-entrepreneur, page vérifiée le 01/01/2026
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Rédigé par David Ravouna, expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes.
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